Le Braquage

Enfant, Sophie détestait les ordinateurs. Ils avaient toujours constitué une ligne qui servait à différencier les enfants aisés qui pouvaient s’envoyer plein de messages après les heures de cours, de gens comme elle qui devaient se contenter de les écouter babiller à propos de leur seconde vie sur internet, vie à laquelle elle ignorait tout. Si elle se concentrait un peu elle pouvait presque entendre la voix aiguë de McDougal, là tout près de ses oreilles la traitant de fille de pauvre. S’il savait que dans quelques instants elle serait tellement riche qu’elle pourrait racheter tout son pâté de maison, et peut-être même toute la ville où elle avait grandi. Non, ce n’était pas pour cela qu’elle le faisait. Elle effleura des doigts le pendentif qui formait une petite bosse sous son pull noir à col roulé. Une voix vint la tirer de sa rêverie; pas celle de McDougal mais une voix bien plus vive et ô combien plus agaçante.

-T’as fini? T’as l’air de rêvasser, les gens commencent à nous trouver suspects. Si jamais ils lancent l’alarme je te jure que…

-Du calme, se contenta-t-elle de répondre au grand brun qui s’était installé au comptoir à deux pas d’elle et qui faisait mine de rédiger un chèque, mais prenant soin de rester dans l’angle mort des caméras. Elle doutait qu’il ait jamais eu un compte en banque dans sa misérable vie. Ce genre de personnes n’entrait dans les banques que pour une raison, la même qui les avait conduite ici aujourd’hui; les voler.

Sophie recommença à pianoter sur le clavier de sa machine sans prendre la peine d’expliquer à Casse-noisette, le grand brun c’est comme ça qu’il se faisait nommer par ses compères, qu’elle avait presque fini pour le rassurer. Une petite case apparut sur son écran et une barre de chargement se mit à y faire son chemin. Elle garda les doigts posés sur son clavier histoire de garder son calme, et la machine lui apporta le confort dont elle avait besoin. Les ordinateurs étaient devenus une de ses choses préférées dans la vie à présent, même s’ils demeuraient un outil lui permettant d’accomplir sa tâche. Ses pensées dérivèrent un instant et sa main se dirigea à nouveau vers son cou, mais la barre de chargement fut plus rapide et acheva sa course avant ses doigts.

-C’est bon, chuchota-t-elle en toute discrétion à l’endroit de Casse-noisette, ce qui s’avéra inutile vu tout le chahut qu’il fit en retour.

-QUE PERSONNE NE BOUGE, lança-t-il à personne en particulier, pointant l’arme qu’il avait sortie du jean assez large pour recouvrir ses baskets qu’il portait, et apparemment pratique pour cacher une arme se dit Sophie. Il avait aussi relevé la capuche du pull qu’il portait et amené un foulard qu’il portait au cou comme accessoire de mode sur son nez, ne laissant que ses yeux découverts. 

Sophie s’émerveilla de la rapidité avec laquelle il avait transformé ses accessoires de mode en costume de braqueur mais ne se laissa pas distraire et prit exemple sur lui. Elle sortit un bonnet de la poche de sa salopette bleue délavée et l’enfila par-dessus ses cheveux nattés. Cela ferait l’affaire. En même temps que Casse-noisette se positionnait en face du gichet centrale où une femme au cheveux gris, réhaussés en un chignon, qui dandinait en même temps qu’elle sous ses tremblements, les compères de Casse-noisette, trois autres mecs qui s’étaient éparpillés dans le hall de la banque en attendant le signal, prire les pauvres clients de la banque en otage, l’un d’entre eux se mettant vers la porte d’entrée. 

Le chaos s’installa rapidement dans la pièce au plafond haut et incurvé qui s’attela à amplifier le moindre hurlement de femme en proie à la terreur, de môme confus ou le gémissement de douleur d’un homme ayant vu trop de film d’action que le la crosse d’un des sbires de Casse-noisette ne tarda pas à calmer. Se dernier en bon professionnel ne tarda pas à prendre la situation en main. Il pointa son arme en l’air, vers le plafond qui, fidèle à lui-même, amplifia le bruit de la détonation qui s’imprégna dans les tympans des occupants de la pièce, en même temps que la peur prit place dans leurs esprits. 

-On reste calme messieurs dames, et tout se passera bien, dit Casse-noisette d’une voix suave contrastant avec l’atmosphère qu’il avait œuvré à installer. 

Un vrai artiste pensa Sophie. 

-Ne tentez rien de stupide je vous prie, continua-t-il en secouant son arme dans la direction de la femme au chignon. Auriez-vous l’amabilité de nous conduire à l’arrière? 

L’intéressée secoua vivement la tête et retira sa main de dessous son comptoir l’air de rien. Sophie se doutait qu’elle s’était servie du bouton de détresse et que le voyant lui avait confirmé que son appel avait été envoyé, puisque ses tremblements s’étaient quelque peu atténués. Mais cela ne servirait à rien, Sophie s’en était assurée. Elle allait suivre Casse-noisette et la femme à l’arrière quand un de leurs collègues brisa le silence de la banque. 

-La vieille qu’est-ce que tu fous?! Donne-moi ça!

Il était pris dans une altercation avec une vieille femme coiffée d’un chapeau par-dessus lequel était attaché un foulard dont le noeud revenait sous son menton. En apparence, une pauvre dame, venue à la banque en cette matinée d’été. Le jeune homme masqué, Sophie devina que ce devait être Joe, le frère de Casse-noisette à cause de sa voix erratique et de ses postillons constants qui étaient dirigés sur le visage de la pauvre dame. 

Joe arracha le sac que tenait la vieille femme et celle-ci résista quelque peu avant de soudainement lâcher prise et de s’affaler, le contenu de l’objet recouvrant le sol ciré de la banque. 

-Crois pas qu’je t’ai po vu ma ‘tite dame. Bien sur qu’je t’ai vu. Grand-frère dit que j’ai vu c’te dame essayer d’appeler les poulets.

-M’appelle pas grand-frère imbécile! tonna Casse-noisette qui se dirigeait vers la vieille dame, exaspéré.

Sophie le devança et en l’espace d’un instant se retrouva debout devant la femme encore affalée au sol, la tête baissée. Elle remarqua le pendentif qui se balançait au cou de la veille dame et cela lui rappela pourquoi elle était là et qu’ils n’avaient plus assez de temps; elle n’avait plus assez de temps. Elle décida d’agir vite sur une impulsion. Regardant le contenu du sac étalé au sol, elle afficha une mine de dédain en apercevant l’objet du problème; un vieux téléphone énorme qui avait l’air de dater d’il y a au moins deux décennies. 

-C’est avec cette merde que vous voulez contacter les flics? gronda-t-elle, et comme la femme ne répondait toujours pas, elle lui assena une gifle du revers de la main, se qui acheva de la faire s’étaler au sol. Ça ne sert absolument à rien! et elle ponctua sa phrase en écrasant l’appareil archaïque qui céda sous les assauts de ses bottes. Et ça vaut pour vous tous! Tout contact avec l’extérieur est coupé, perdez pas votre temps.

Elle se retourna et se dirigea vers Casse-noisette qui s’était arrêté pour l’observer. Elle pouvait lire une certaine admiration dans ses yeux, même si elle se doutait  qu’il aurait réglé la situation d’une manière plus violente, peut-être même létale; elle ne pouvait le permettre.

-Eh ben t’as le feu dans tes veines ma poule. T’es sûre que tu veux pas…

-Non C, et ce n’est absolument pas l’endroit pour. On vient de perdre deux minutes pour rien.

Il se contenta de lâcher un rire qui donna l’impression à Sophie qu’il remettait simplement l’idée à plus tard, et qu’il ne doutait pas une seconde d’arriver à ses fins. L’idée rebuta Sophie mais elle se concentra sur sa tâche. Elle suivit Casse-noisette à l’arrière où la femme au chignon avait déja commencé à entasser des liasses de billets dans un des sacs en toile que le grand brun avait dû lui fournir. Sophie s’étonna encore de l’étendue de ce qu’il pouvait cacher dans son jean baggy quand il en sortit deux autres sacs qu’il commença à remplir à la hâte. 

Elle sortit elle de la poche de sa salopette un petit sac de course banale mais ignora pour l’instant les billets empilés sur la table et se dirigea vers les rangs de coffres alignés le long des murs de la chambre forte. Casse-noisette l’interpella quand il aperçut le petit marteau rivoir qu’elle avait sorti de l’une de ses poches.

-A quoi joues- tu bordel? 

-On sait jamais, il y a peut-être des trucs de valeurs dans ces coffres.

-J’en ai rien à foutre des objets de valeurs. Y a rien de plus vrai que de l’argent que je peux toucher, prendre et me barrer avant que les flics rappliquent.

-Les flics ne…

-J’en ai rien à battre de ton barratin!

Sophie l’ignora et entreprit de défoncer les serrures de plusieurs des coffres à l’aide du bord angulaire de son marteau. Elle continua l’opération, révélant des liasses de documents, parfois des bijoux ou de l’argenterie, farfouillant quelques secondes puis passant au suivant, jusqu’à ce que Casse-noisette soit à bout et qu’elle sentit le canon de son arme sur sa nuque.

-Ecoute petite, je sais pas comment ça marche là d’où tu viens, mais ici C’EST MA PUTAIN DE VILLE, alors C’EST MOI QUI COMMANDE! J’en ai rien à secouer que tu sois venu avec ton plan et tes machins électroniques. C’est moi qui ai les armes! Comprendo?

-Ok. OK! On se calme chef j’ai compris.

-Bien. Bien. Aller on se casse. Prends un de ces sacs faut qu’on se casse. 

-T’es sûr pour les billets marqués?

-Ouais tout roule. Il m’a filé les infos t’inquiète

-Tu ne l’as quand-même pas torturé j’espère, l’employé que je vous ai montré.

-Qu’est-ce que ça peut te foutre déjà? Et puis pour qui tu me prends? Je suis un professionnel. Ils sont toujours très bavards quand on ne leur montre pas nos visages. Ils pensent qu’on va les laisser partir. 

-Tu veux dire que tu vas…

-On s’occupera de lui, c’est pas tes affaires. Tout ce que tu dois retenir c’est qu’aucun de ces sacs ne contient de billets marqués. Maintenant tu m’aides à les sortir ou je te plombe?

-OK! 

-J’aime mieux ça.

Sophie prit quand-même la peine de remplir son sac à elle et elle le suivit. Ils revinrent dans le hall chargé de leur butin et tombèrent sur une scène alarmante. Un des hommes de Casse-noisette, que Sophie devina être Barty tenait en joue un homme qui protégeait de son corps une femme et un petit garçon d’à peine une dizaine d’années et au bord des larmes. Le dernier braqueur, Al donc, essayait apparemment de raisonner son collègue pendant que Joe tournait en rond sur lui-même et se grattait avec son arme. Une belle bande de professionnels oui.

-Putain je vous laisse cinq minutes et c’est quoi ce foutoir? Tu m’expliques?

Casse-noisette avait adressé la fin de sa question à Al, que Sophie avait déduit était le plus sain d’esprit de la bande. 

-Cet enfoiré à craquer, voilà c’qui se passe.

-Moi je te dis y’a pas à faire un coup sans accro. On doit laisser une…une…comment on dit ça, chercha ses mots Barty, l’enfoiré.

-Quoi? Une signature?

-Oui vla fait chier une signature c’est ça. Putain de génie de C. Je t’ai dit qu’il me comprendrait.

-Putain qu’est-ce que t’as foutu?

-Ben j’ai juste chuchoté un petit truc à c’msieur là, dit-il en gloussant comme un gamin farceur.

-T’as chuchoté quoi bon sang?

-Je lui ai dit mon nom C. Pas juste mon nom, mon VRAI nom et tout. Maintenant c’est fichu inh C? Je veux dire on doit l’tuer sinon il va nous balancer inh. C’pas ma faute. Regarde le il est pas digne de confiance.

-Tu fais chier bon sang! 

Sophie observa la scène et elle commença peu à peu à appréhender l’horreur de la situation. Ça allait mal finir, très mal. Avant qu’elle ait pu agir, Casse-noisette prit les devants cette fois et se plaça à côté de Barty et s’accroupit pour faire face à la famille terrorisée.

-Veuillez excuser mon collègue pour son impolitesse, commença-t-il calmement.

-C, on doit vraiment y aller…, Sophie tenta de le distraire en jouant la carte du temps qui presse; il l’ignora.

-Vous comprendrez que je ne peux pas vous laisser vous en tirer comme ça, maintenant que vous savez.

-Non! Non! J’oublierai, j’oublierai tout c’est promis! Je le jure!

Casse-noisette secoua la tête de gauche à droite et retira le cran de son arme puis pressa la détente. Tout s’était passé tellement vite. La détonation, le bref silence qui fit vite remplacer par la cacophonie provoquée par les cris de terreur, le visage de l’enfant couvert des morceaux de cervelle de son père. Sophie enregistra tout cela; rien de tout ça ne devait se produire. Tout se déroulait comme prévu. Ces gens étaient tellement habitués à faire comme bon leur semble dans cette ville. Ils étaient les rois ici; plus pour longtemps. 

-Petit, estime-toi heureux. C’est comme ça qu’on devient un homme. Dans quelques années tu porteras l’insigne et tu seras un dur à cuire. Le putain de flic le plus coriace qu’on ait jamais vu. T’auras qu’à venir me chercher à ce moment-là. 

Casse-noisette se détourna de l’enfant au regard vide qui avait l’air perdu dans un endroit où ni les gémissements de sa mère ni les ricanements de Barty ne lui parvenaient . Sophie se força à se détourner du spectacle; il fallait qu’ils s’en aillent. Au moment où la bande s’apprêta à sortir de la banque, ils entendirent des sirènes de police au loin ce qui causa une panique parmi eux. Joe qui se grattait à présent le crâne à travers sa cagoule se mit à balbutier des paroles inaudibles. 

-Putain de fils de bor…

-Ta gueule Joe; l’interrompit Al. Merde C un de ces bouseux à appeler les flics, on est mal. Ta salope était pas censée empêcher ça putain? C’est la seule raison pour laquelle on s’est lancé dans un si gros coup.

-Une explication poupée? demanda Casse-noisette qui s’efforçait visiblement de garder son calme. 

-Je..Je ne comprends pas. Le brouillage est toujours actif je le jure!

Il posa le canon sur la tempe de Sophie, ce qui la coupa dans ses explications. 

-T’as trente secondes pour trouver une solution ou ta cervelle rejoint le parquet. Ca leur fera encore plus de nettoyage.

-On peut arranger ça, répondit-elle les yeux affolés en scrutant la pièce vivement. Ils s’arrêtèrent sur la vieille femme de tout à l’heure qui ramassait encore ses affaires étalées au sol. Sophie vit sa main se poser sur ce qui semblait être des clés de voiture et ses yeux s’illuminèrent. 

-Alors poulette? 10 secondes.

-J’ai une idée mais il faudra me faire confiance.

-Mais encore.

-Tu me donnes un des sacs et je prends un otage avec moi comme ça les flics se séparent pour nous suivre. Ils seront sûrement sur mon dos s’ils savent que j’ai un otage. Si j’arrive à les semer, je vous rejoins au point de rendez-vous.

-C’est non.

-Mais…

-Non. Je garde tout l’argent. Tu prends ton putain d’otage et tu te débrouilles pour les semer. Pas de point de rendez-vous. T’amènes les frics dans mon coin je te plombe. Tu dégages de ma ville, si t’arrives à t’en tirer.

Il ponctua sa phrase en secouant son arme devant son visage puis la lui tendit. Sophie déglutit et hocha imperceptiblement la tête en prenant l’arme. Il passa furtivement ses doigts dans ses cheveux, zieuta une dernière fois ses seins et une lueur de regret passa dans ses yeux; Sophie réprima à nouveau un frisson de dégoût..

-Quel dommage, moi qui me faisais une joie de…Bah! Tant pis. Aller on se casse les garçons!

La bande se hâta hors de la banque pendant que Sophie se dirigea vers la vieille femme qu’elle attrapa par le col sans la moindre délicatesse, arrachant au passage le collier qu’elle portait. 

-Vos clés!

-Hein? Que dites-vous, jeune fille?

-Donnez-moi vos putains de clés! cria-t-elle à la femme qui avait l’air à moitié sourde et sans attendre de réponse lui arracha les clés des mains. 

Elles rejoignirent la sortie et eut le temps de voir la bande filer dans le van qu’ils avaient prévu. Sophie n’eut pas besoin de la moindre indication pour se diriger vers la vieille voiture en portant la femme à bout de bras. A peine eut-elle démarré qu’une voiture totalement ordinaire avec néanmoins une sirène de police, prit un virage serré et déboula dans la ruelle en face. Sophie embraya et fila, ou du moins elle alla aussi vite que le tacot le lui permettait.

-Vous allez bien jeune fille? C’est très mal ce que vous faites vous savez?

Sophie arracha le bonnet qui lui couvrait la tête et lança un regard noir à la femme sur le siège passager.

-Arrête ton cirque, il nous suit toujours!

La femme éclata d’un rire sonore qui trahissait une vivacité qu’elle avait totalement dissimulée jusqu’alors. Elle continua de rire jusqu’à ce que, inévitablement, la vieille coccinelle fut rattrapée par la voiture avec la sirène qui réussit à leur barrer la route. Un homme habillé en civile avec un insigne attaché autour de son bras sortit du véhicule et pointa une arme sur elle en se posant à côté du de la vitre du côté conducteur. 

-SORTEZ DE CE VÉHICULE! VOUS ÊTES CERNÉS, VOUS N’AVEZ NULLE PART Où ALLER.

Sophie ouvrit la portière et sortit lentement les deux mains bien visibles. L’homme la plaqua violemment contre le capot et lui passa les menottes puis, la tenant toujours en joue, se tourna vers la vieille femme qui avait arrêter de ricaner mais qui n’avait pas réussi à effacer les dernières traces d’un sourire de son visage.

-Vous aussi Madame! Veuillez sortir de ce véhicule je vous prie!

-Mais! Je ne suis qu’une otage!

-Je suis désolé mais jusqu’à preuve du contraire…

-Ça va, ça va! Ces jeunes vraiment, grogna la femme en s’extirpant de sa vieille voiture le plus lentement possible. 

L’agent les fit s’installer à l’arrière de sa voiture, toutes les deux menottées et se remit au volant de sa voiture. Il posa la main sur le micro radio accroché à sa chemise et eut l’air de passer un message mais s’adressa aux deux passagers.

-C’est bon, ils sont partis. 

Sophie poussa un soupir de soulagement et se détendit. Elle se doutait que Casse-noisette enverrait un de ses hommes la suivre et s’assurer qu’elle disparaisse au cas où les flics ne l’attrapent pas avant. 

-Jimmy, tu veux bien me passer les clés? C’est que c’est pas très confortable ce truc.

La vieille femme…avait complètement arrêté d’agir comme tel, et avait repris l’attitude que Sophie lui connaissait si bien. Sa douce voix lui réchauffa les entrailles et elle ne put s’empêcher de sourire.

-Personne ne va me demander comment je vais? Non mais c’est vrai quoi j’ai dû passer deux jours et deux nuits dans la cave de ces gens bon sang!

-Je suis désolé petit frère. Je me suis assuré qu’ils ne te feraient aucun mal. T’as pas eu trop de mal à trouver la clé que je t’ai laissée j’espère. J’ai eu tellement peur que tu ne te pointes pas au moment prévu.

-Ça va! Ça va! Je suis là non? Et puis garde tes excuses, ce ne sont pas des blessures physiques que j’ai. Faudra longtemps pour panser ce traumatisme.

Sophie plongea la main dans son sac, que Casse-noisette n’avait eu aucun souci à lui laisser, sans doute avait-il supposé que ça servirait à l’incriminer dans l’éventualité où elle se ferait coincer. Elle balança une des liasses défaites à la face de Jimmy qui se retrouva sous une pluie de billets.

-Tu penses que ça pourra panser tes blessures…psychologiques?

-Encore quelques uns comme ça, dit-il en ricanant pendant qu’il les conduit à des kilomètres hors de la ville.

-Eh moi aussi je veux être félicité! cria la vieille femme, ou plutôt Caty, qui avait retrouvé son attitude enfantine.

-T’as bien fait comme prévu?

-Ouais ouais. J’ai appelé la police pour déclarer un délit de fuite avec la signalisation de leur van.

-D’ailleurs pas mal l’idée du téléphone satellite pour contourner le brouillage soeurette!

-Un vieux truc rien de plus, répondit Sophie qui n’aimait pas être complimentée.

-Eh mais en parlant de téléphone satellite.

-Quoi…

Sophie fut interrompue par la claque sonore que lui asséna Caty du revers de la main et qui envoya valser sa tête. 

-Oula!

-T’avais pas à y aller si fort, dit Sophie en ricanant.

-Eh ben, toi non plus! T’as failli me faire pleurer.

Elle afficha une mine boudeuse qui n’allait absolument pas avec son maquillage de vieille femme.

-Et l’autre timbré j’ai bien cru qu’il allait retirer mon maquillage avec tous ses postillons.

Sophie lui posa une main sur la joue avec tendresse et sentit sous ses doigts non pas les rides qu’elle affichait mais sa peau si tendre à laquelle elle était si habituée. 

-Sinon t’as réussi à l’avoir au moins. Eh je vais pas me plaindre moi je suis payé un bon paquet. Mais est-ce que tu l’as au moins? Le bijou.

Sophie retira le collier qu’elle avait à son cou puis prit celui qu’elle avait arraché à Caty dans leur fuite puis plongea la main dans son sac et en sortit un bijou. Elle ne s’y connaissait pas particulièrement en bijouterie, mais celui-ci l’avait subjugué la première fois qu’elle l’avait vu dans un musée lors d’une exposition. C’était là qu’elle avait rencontré Caty, elle une fille fille de la rue réduite à des vols mineurs, et Caty une fille de riche dont le père s’était suicidé après avoir fait faillite. Elles étaient devenues amoureuses puis compagnons de crimes, peut-être pas dans cet ordre là, ou peut-être au même moment. Mais ce bijou avait toujours été leur objectif, leur fascination en tant que voleuses de profession. Quand son nouveau propriétaire l’avait déplacé dans un coffre, dans la banque de la ville où il s’était installé, elles savaient que c’était le bon moment. 

Elle plaça le bijou dans l’espace que les deux colliers formaient après avoir été joint et sans prévenir, passa le pendentif autour du cou de Caty puis plaqua ses lèvres contre les siennes. Elle fut ravie par l’instant de surprise qu’elle arrivait toujours à provoquer chez elle quand elle l’embrassait, puis frémit avec satisfaction quand elle lui rendit son baiser. 

Jimmy se racla la gorge et elle rompit le contact, l’instant se dissipa pour aller rejoindre l’amas de souvenirs délicieux dans son esprit que constituait chacun de ses contacts avec Caty.

Cette dernière la dévisagea longtemps et, malgré tout le temps passé ensemble, réussit à lui faire perdre sa contenance.

-Joyeuse Saint Valentin bébé. 

Son esprit dériva un instant et l’image du petit couvert du sang de son père lui vint à l’esprit. Caty la fit revenir à la réalité quand elle prit son menton dans ses mains.

-Hey. Je t’aime.

Sophie sourit.

-Je t’aime aussi.

2 commentaires sur “Le Braquage

  1. En fait. Tout le monde s’en fout du type qui est mort.
    Le monde est cruel.

    J’ai adoré ton histoire. Tellement que j’ai voulu donné de grandes paires de gifles à Barty. Ce type est réellement con ou il fait exprès ?

    Je n’ai rien vu venir, et ça m’a énormément plu. Énorme pensée à la vieille ou plutôt à Cathy. L’histoire était linéaire, clair (tout ce que j’aime) et super addictif.
    On ressentait bien le feu de l’action. Je l’ai ressenti en tout cas.

    La fin… est idéale pour ce jour. Et pour tous les autres d’ailleurs.

    J’ai aimé cette touche de diversité. Ça change vraiment de d’habitude.

    Je t’aurais bien mis 4 étoiles sur Goodreads mais voilà… Donc reçois le ici.
    (j’en retire une parce que c’était court. Le baiser aurait pu être plus long.)

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  2. Il a écrit une histoire à thème pour la St Valentin…
    …. Il a écrit une- …passons.
    Faisant fi de cette trahison de haut rang, je dois dire que c’était entraînant comme toujours. Maintenant, comme d’habitude avec tes short stories, je suis laissé sur ma faim. I need MOAAAAR!!! Tes personnages sont facilement attachants donc pense à nous en donner plus, traître.
    Quand est-ce que tu te lances dans l’écriture d’un webnovel à proprement parler? Tu nous teases avec Les Chroniques mais là encore je reste affamé.

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